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La rentrée est déjà loin et l'année bien entamée !

La classe de 5° dont je suis le PP (professeur principal en langage EducNat) a perdu trois élèves : une fille à gros problèmes familiaux qui a dû déménager et deux garçons renvoyés par conseil de discipline.
Malgré un effectif peu nombreux (15 élèves), la classe fonctionnait très mal depuis le début de l'année. Trop d'élèves à problème - je cite  : un élève dont le père est en prison, un autre dont la mère est alcoolique, un suivi par la PJJ, pour ne citer que les cas les plus "graves". Les deux garçons en questions perturbaient fortement les cours et rien de ce qui a été fait pour arranger les choses n'a eu d'effet ; certes, ils n'étaient pas les seuls et une grande partie de la classe était bon public mais après être passés par tout l'attirail (convocations des parents, entretiens, punitions, exclusions temporaires), il a bien fallu en arriver à l'instance suprême. Le pire est que l'un d'eux n'a pas pris au sérieux les derniers avertissements qui lui ont été donnés lors de sa commission de discipline (instance qui se réunit pour prévenir l'élève que là, il est allé trop loin et qu'il risque le Conseil de discipline) : celle-ci a eu lieu un vendredi et, le lundi il se faisait virer de cours !

Maintenant on parle sans cesse de la violence scolaire mais celle-ci n'est pas nouvelle. Je me souviens encore du choc qu'a été pour moi ma première année d'enseignement dans un collège déjà difficile  (la principale m'avait prévenue que la collègue qui m'avait précédée avait été abondamment chahutée avec des chaises qui passaient pas les fenêtres etc.) ; la violence verbale entre élèves, les bagarres qui démarrent au moindre regard ou sur une rumeur, je n'avais jamais connu cela comme élève et après mes études, l'école que je voyais n'avait plus rien avoir avec celle que j'avais connue ! Je ne m'en suis jamais remise. Je veux dire que le métier que je fais n'a rien avoir avec celui que j'aurais voulu faire.
On lit souvent dans les journaux des aticles sur de super profs qui ont la foi, qui font ceci, cela avec les élèves. Leur foi est peut-être sincère. La mienne, je l'ai perdue quand je me suis aperçue que je ne ferais jamais le métier tel que je l'avais vécu comme élève, tel que je le conçois : une transmission des savoirs, de mon savoir. Au lieu de cela, je dois jouer le rôle de psy, d'assistance sociale, de flic ! C'est une banalité de le dire mais c'est ma vérité quotidienne et celle de beaucoups de profs.

Je suis dotée, heureusement d'un fort caractère et je ne me suis jamais laissée faire par des élèves - ce qui ne veut pas dire que c'est facile : quand il faut s'interrompre tous les trois mots pour dire à des élèves de se taire, parce qu'il y en a qui se disputent en classe (quand ils ne se battent pas), qu'ils s'insultent, parce qu'un vous coupe la parole pour vous parler ou vous questionner sur un sujet qui n'a rien à voir avec le cours, on se demande vraiment à quoi on sert. Et si ça me met en colère c'est parce que sont oubliés tous ceux qui ne posent jamais problème et qui subissent.  

En primaire, ce n'est pas mieux ! Mon neveu de 9 ans est rentré en France avec ses parents après 3 ans à l'étranger, où il a appris à lire dans une école de village de type familial et où il se sentait bien. Aujourd'hui, il ne veut plus manger à la cantine, trouve que les gamins de son âge disent trop de gros mots et n'a même plus envie d'aller à l'école. Récemment, un gamin derrière lui dit : "fils de pute". Mon neveu se retourne et l'autre de dire : "ah, il s'est reconnu !". Mon neveu ne sait pas ce qu'est une pute.



 

« VOUS ÊTES PROF DE MUSIQUE ? »

 « Ça doit être difficile, non ? Parce que moi, je me souviens, les cours de musique… » - sous-entendu, c’était la pagaille, à croire qu’être chahuté a été le lot de tous les professeurs de musique depuis que la discipline existe. J’ai tellement entendu cette phrase que je ne peux plus la supporter ! Eh bien oui, je suis professeur de musique, ou plutôt, d’Éducation musicale, puisque telle est l’appellation officielle. J’ai pu avoir et j’ai encore des difficultés quelquefois avec certaines classes, comme mes collègues d’autres disciplines, mais je n’ai jamais été chahutée ! Et je ne suis sûrement pas une exception. Comme élève non plus, je n’ai jamais connu de cours de musique « bordélique » Alors oui, les élèves disent assez facilement que « ça ne sert à rien » mais ce n’est pas grave.

Il y a beaucoup de choses que l’on étudie à l’école et qui ne nous « servent » pas nécessairement dans la vie quotidienne une fois adultes, mais ce n’est pas grave : ce qui est important, c’est d’avoir fait travailler notre cerveau, notre mémoire, de façon différente selon les cours à un moment de notre vie. En dehors de l’acquisition d’une certaine culture, il en reste toujours quelque chose.

 

 

LA RENTREE

Et voilà, la rentrée et ses rituels datent déjà d’un mois !

Dans mon collège, ça a été un peu agité : un de nos collègues d’EPS s’est fait menacer d’un couteau par un élève renvoyé l’an dernier qui était venu l’embêter sur le stade voisin du collège avec un copain (lequel avait failli être renvoyé aussi mais été parti avant).  Manif devant le collège organisée par les parents d’élèves qui ont soutenu le prof, manif devant la mairie pour que le gymnase saccagé au mois de juin et inutilisable soit totalement restauré, la routine d’un collège de quartier dit « défavorisé » quoi ! Je plaisante...

Pour autant, la grande majorité de nos élèves sont attachants, gentils, polis. Le problème, c’est que comme beaucoup d’enfants y compris de milieux aisés, ils ne sont pas éduqués donc difficiles à gérer en classe. Les grosses difficultés viennent essentiellement d’un petit groupe d’élèves (qui se faisaient déjà remarquer en primaire pour la plupart), pour lesquels le système scolaire fait tout ce qu’il peut mais qui ont souvent franchi la ligne rouge – ceux-là mêmes dont on apprendra quelques années plus tard qu’ils sont en prison.   

C’est comme le quartier : la plupart des gens voudrait y vivre en paix mais doit subir la loi du groupe minoritaire qui génère la violence. Voir ce qu’en disent les enfants (à venir).

 

J’ai hérité, comme professeur principal, d’une classe de 5° de 16 élèves ; en fait ils sont actuellement 15, l’un deux n’ayant pas réintégré le collège à cause d’une situation familiale compliquée.

Chez nous les effectifs vont de 15 à 22 élèves, ce qui fait rêver mes collègues d’autres établissements qui ont quelquefois 30 gosses en 6°. Cependant, nous perdons des élèves chaque année et ces petits effectifs risquent de ne pas durer, hélas ! Des suppressions de poste nous pendent au nez et l’angoisse est présente à chaque rentrée.

 

Cette baisse est due au fait que notre collège, situé dans un quartier-ghetto difficile n’attire plus vraiment les bons élèves (la libéralisation de la carte scolaire n’a pas aidé et les demandes de dérogation ont fleuri). Le niveau général est très bas, malgré la batterie de mesures engendrées par le dispositif « Ambition réussite » : PPRE (« Programme Personnalisé de Réussite Éducative » - ah, l’Éducation Nationale et ses sigles !) et autres études encadrées, sans parler des pôles excellence, des clubs sportifs et artistiques qui font de la journée d’élèves déjà anti-école, un véritable marathon !

Eh oui, « ZEP », ça sonnait tellement mal ! « Ambition réussite – Égalité des chances », ça a une autre gueule non ? Le seul hic c’est que le progrès des élèves n’a, hélas, pas suivi. La faute à qui ? A quoi ? La notion de travail personnel n’existe plus. Le redoublement, sous prétexte qu’il ne servait à rien, a été banni, alors qu’il semble plus vraisemblable que ce sont des raisons financières (eh oui, un élève, ça coûte cher) qui ont motivé sa suppression. Du temps de ma scolarité (années 60 et 70), on avait peur de redoubler et si ça arrivait, c’était la honte !

 

Depuis quelques années, on faisait croire aux élèves que le redoublement était une chance et pas une sanction alors, que ça peut être tout à fait les deux ! C’est ainsi qu’il n’y a pas si longtemps encore, on pouvait faire redoubler un élève au nom de cette fameuse chance et faire passer dans la classe supérieure un élève avec 5 de moyenne générale soit parce qu’on voulait s’en « débarrasser » à cause d’un mauvais comportement, soit parce qu’il avait déjà du retard. Après cela, allez expliquer à l’élève qui a 8 ou 10 de moyenne qu’il a de la chance de redoubler !

 

Ajoutez à cela que le collège unique a fait et continue de faire beaucoup de dégâts en voulant passer tous les élèves par le même moule au nom de la soi-disant égalité des chances. Notre système est tout sauf égalitaire qui fait croire aux enfants que sans rien faire, ils peuvent avancer. Un jour, ça ne marche plus, leur vrai niveau se révèle, ils font face à l’échec, ne comprennent plus et là on a des révoltés.

Tous les êtres humains sont différents et ont des capacités différentes. La vraie égalité des chances c’est permettre à tous d’aller le plus loin qu’il le peut. Ce n’est pas ralentir celui qui court vite pour se mettre au niveau du plus lent ; ce n’est pas faire croire au plus lent qu’il courra un jour aussi vite que le champion. L’égalité des chances c’est donner à chacun les moyens de se dépasser. C’est pourquoi j’ai toujours été contre les classes hétérogènes qui frustrent tout le monde : les bons et les moins bons. La plupart du temps, dans ces classes, ce sont les bons élèves qui « attendent » les autres, finissant par s’ennuyer et, souvent ne font plus aucun effort. Je dis souvent que, malheureusement, en France, le mot « élite » est devenu un gros mot !

 

Voici le texte d’un de mes amis enseignants, avec lequel je suis complètement d’accord :

 

Après plus de quarante ans de remise en cause de l’École, il est surprenant de constater, si ce n’est un engouement pour les changements qui sont proposées, du moins, chez un très grand nombre d’enseignants et de parents, la certitude que l’échec scolaire ne peut-être réglé que par de nouvelles réformes !

S’il n’est pas question de contester la nécessité d’améliorer les programmes, les méthodes pédagogiques, la formation des enseignants … il est néanmoins possible de se poser certaines questions.

1ère question :

Si ce que certains appellent «la faillite de l’École » devait avoir pour cause la formation des enseignants et les méthodes qu’ils appliquent, comment se fait-il qu’après plus de quarante ans d’efforts et de progrès globaux indéniables dans ces domaines, il y ait encore « échec scolaire » et à plus fortes raisons qu’il soit en constante progression ?

 2ème question :

Si l’échec scolaire dont il est question peut avoir pour origine les difficultés réelles de certains élèves, ne provient-il pas surtout d’un manque de motivation de la grande partie d’entre eux ?

3ème question :

S’il n’est pas question de nier le rôle que peuvent avoir les imperfections de l’École (cadre, méthodes, programmes, qualité des enseignants …) dans le manque de motivation des élèves, celui-ci n’a-t-il pas d’autres causes ?

Les élèves qui arrivent dans une École forcément exigeante, ne sont-ils pas déjà des enfants marqués par l’éducation donnée dans une famille et une société moderne qui leur apprennent mal à intégrer les limites, à assumer les frustrations, à fournir des efforts … ?

A-t-on vraiment appris à ces enfants à respecter et à s’adapter aux règles de la société afin qu’ils puissent respecter et s’adapter aux règles du système scolaire (règles de la langue, de l’écriture, de l’orthographe, de la grammaire, du calcul, de la discipline …) ?

Les « enfants-rois » qui arrivent à l’École peuvent-ils accepter des limites, venant de personnes qu’ils ne connaissent pas, alors qu’ils n’ont pas intégré celles données par la famille ? Comment pourrait-il accepter l’autorité de l’École alors que souvent celle-ci n’est pas reconnue par des parents qui, déjà, doutent de sa nécessité et de la façon de l’exercer dans la famille ?

4ème question :

Est-ce à l’École de s’adapter à la psychologie de l’élève ou à l’élève d’apprendre à vivre avec les limites qui s’imposent ?

En prenant en compte « les symptômes des psychologies juvéniles de plus en plus éclatées » n’y a-t-il pas le risque de les cautionner et de les renforcer ?

-         en voulant développer l’autonomie, l’expression des élèves, ne favorise-t-on pas l’expressivité, la facilité et l’auto satisfaction des élèves ?

-         en demandant des pédagogies différenciées, ne favorise-t-on pas l’égocentrisme des élèves qui ne veulent écouter que si l’on s’adresse à eux seuls et dans un rapport fusionnel ?

-         en étant dans la compassion (quand ce n’est pas dans la séduction) et en cherchant à tout prix à valoriser les élèves, ne renforce-t-on pas leur égo déjà hypertrophié, leur irresponsabilité et leur sentiment de toute-puissance ? Ne dévalorise-t-on pas le travail et les résultats et indirectement ceux qui travaillent et ceux qui réussissent ?

 6ème question :

En remettant perpétuellement en cause les méthodes pédagogiques, ne donne-t-on pas, aux élèves (et aux parents qui attendent des résultats), des raisons de croire que ces méthodes sont inadaptées, que l’École est inefficace et donc qu’ils ne sont plus responsables de leurs échecs éventuels ?

Ne parle-t-on pas d’ailleurs « d’échec de l’École », alors qu’il y a simplement échec de certains élèves à l’École ?

 

Dans notre société adolescente, par crainte de l’autoritarisme, nous acceptons le maternage et l’anarchie … Nous ne sommes pas loin de l’anarchie et nous risquons d’avoir le retour à l’autoritarisme !

Dans l’enseignement, pour pouvoir plaire aux élèves et encore instruire, nous choisissons de nous adapter et renonçons à l’éducation !

Ne prenons-nous pas le risque de n’avoir ni éducation … ni instruction ?

 

Jean GABARD

http://blogdejeangabard.hautetfort.com

http://www.jeangabard.com

jean.gabard@gmail.com

 

 

Ces considérations générales étant dites, revenons à notre classe de 5°, à l’image du collège donc : la plupart des élèves en grande difficulté scolaire, certains en difficulté familiale et sociale : pas de père, père en prison, parents sans travail pour la majorité ou ayant un travail précaire, un jeune qui a déjà eu affaire à la police, d’autres qui s’en fichent et quelques-uns qui voudraient bien s’en sortir. Ce qu’on appelle en langage fleuri « l’hétérogénéité modulée »….

Voila pourquoi, 15 élèves, c’est largement suffisant ! Il faudra pourtant faire avec. Deux posent déjà de gros problèmes de discipline mais mon but est de faire tout pour que la classe fonctionne dans le calme. Pas facile car nous sommes limités en sanctions. On ne peut pas renvoyer tout le monde !

 

A suivre…

 

Profil

  • Maurelise
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  • voyages Chats Professeur vin Grèce
  • Je suis professeur certifiée d'Education musicale depuis 1981 et j'ai également un diplôme de musicothérapie. J'aime les voyages, la lecture,la bonne chère et le bon vin (je fais partie, avec mon mari, d'un Club de dégustation de vins).

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